Activité physique
Le sport comme traitement adjuvant
L’année dernière, l’étude CHALLENGE a impressionné par son ampleur, sa méthodologie et ses résultats concernant le rôle thérapeutique de l’activité physique dans la récidive du cancer du côlon. Mais, sur le terrain, les défis demeurent.
De nombreuses études ont déjà démontré le rôle protecteur d’une activité physique régulière et suffisante dans la prévention secondaire de certains cancers et/ou la prévention des toxicités à long terme. Dans le cancer du côlon aussi, l’intérêt de cette approche non médicamenteuse a désormais atteint un niveau de preuve suffisant pour être vivement recommandée, voire intégrée dans les trajets de soins.
Les résultats positifs de l’étude CHALLENGE
En effet, l’étude Colon Health and Lifelong Exercise Change (CHALLENGE), publiée l’année dernière [1], a ajouté une grosse pierre à l’édifice en mesurant l’impact biologique de l’exercice physique dans la prévention des récidives du cancer du côlon de stade II ou III. Pour ce faire, 889 patients traités ont été randomisés après chimiothérapie adjuvante vers un programme structuré d’activité physique durant trois ans – incluant des séances supervisées, des objectifs précis, du coaching et un suivi métabolique – ou vers une surveillance standard et des brochures de conseils de santé. Les patients du premier bras ont obtenu une amélioration statistiquement significative:
- De leur survie sans maladie (DFS) à 5 ans : 80,3 % versus 73,9 %
- De leur survie globale (OS) à 96 mois : 90,3 % contre 83,2 % [2]
Soit un gain absolu de 7%. Dans le domaine des cancers digestifs, peu d’interventions adjuvantes ont permis d’obtenir de tels résultats au cours des dix dernières années.
Implémentation et adhésion: le double défi
Si le signal biologique est clair, l’implémentation dans les parcours de soins belges nécessiterait plusieurs actions concrètes: mettre en œuvre des programmes d’onco-réadaptation structurés, former les coachs sportifs, impliquer les kinésithérapeutes, créer des critères de qualité pour éviter une hétérogénéité excessive et, bien sûr, financer tout cela de façon pérenne.
Autre défi de taille : faire adhérer la patientèle à cette approche. Si l’événement oncologique constitue une vraie opportunité de changement, adopter un mode de vie plus actif n’est pas une évidence pour tout le monde…
Les six premiers mois cruciaux
Au dernier congrès de l’ESMO, le Groupe canadien des essais sur les cancers a d’ailleurs présenté plusieurs facteurs déterminant cette adhésion thérapeutique dans l’étude CHALLENGE [3]. Notamment le degré d’adhésion aux six premiers mois du programme (phase 1) et le fait d’atteindre les objectifs fixés par celui-ci ou pas sont déterminants pour la suite [4]. Logique : des patients démotivés dès les premiers mois vont rarement avoir un sursaut de motivation dans les phases ultérieures.
Mais le fait d’établir et de chiffrer le phénomène plaide en faveur d’un accompagnement adapté et ciblé pour soutenir leur motivation, particulièrement en phase de démarrage. Et, ainsi, leur faire bénéficier de ce que l’on peut désormais considérer comme un traitement adjuvant du cancer du côlon localisé.
Références
1. N Engl J Med. 2025 ; 393:13–25. DOI: 10.1056/NEJMoa2502760
2. Données actualisées et présentées à l’ESMO 2025.
3. Predictors of adherence to the structured exercise program and physical activity target in the Canadian Cancer Trials Group CO.21 CHALLENGE trial
4. D’autres facteurs, comme le pays, l’âge et l’IMC de départ, ont aussi une influence.
