Des boutiques en ligne douteuses vendent des peptides illégaux
Sur des boutiques en ligne étrangères, le consommateur belge peut facilement acheter toutes sortes de peptides, y compris des molécules qui n’ont pas encore été approuvées par l’EMA ou la FDA. Ce faisant, ces boutiques en ligne s’affranchissent de la législation sur les médicaments. La sécurité de ces produits n’est pas garantie.
Les peptides sont de courtes chaînes d’acides aminés, les éléments constitutifs des protéines. Ils sont présents dans les aliments d’origine végétale et animale et peuvent également être synthétisés artificiellement. Ils sont utilisés dans des médicaments. Récemment, ils ont aussi été présentés par des influenceurs comme des remèdes miracles pour perdre du poids, développer la masse musculaire ou pour « rester jeune ».
Un fact-checking réalisé par Gezondheid & Wetenschap a conclu que, pour la plupart des peptides vantés, il n’existait pas ou très peu d’études cliniques chez l’être humain, et que leur utilisation comportait des risques pour la santé, car le contenu, la pureté et la sécurité des produits vendus ne sont pas contrôlés. Une étude de Sciensano a montré que les peptides proposés en ligne contiennent des impuretés, des bactéries pathogènes ainsi que des métaux lourds et/ou des métalloïdes.
« Exclusivement à des fins de recherche »
Cela n’empêche pas les boutiques en ligne de faire massivement la promotion des peptides sur les réseaux sociaux. Un lecteur a attiré l’attention du journal du Médecin sur une publicité de Peptidekoning, une boutique en ligne qui propose plusieurs types de peptides à la vente. Il s’agit notamment de la rétatrutide, un médicament d’Eli Lilly qui n’a été approuvé ni par l’Agence européenne des médicaments (EMA) ni par son homologue américaine, la FDA.
Le visiteur du site est invité à cocher la case « Je confirme que ces produits seront utilisés exclusivement à des fins de recherche ». Après la commande, il n’y a évidemment aucun contrôle de l’usage qui est fait de ces produits.
Ann Eeckhout, porte-parole de l’AFMPS, qualifie cette clause de non-responsabilité de « simple tentative de se décharger des responsabilités en matière de législation sur les médicaments (loi du 25 mars 1964) ».
Elle souligne que l’AR du 12 avril 1974 relatif aux « substances à effet hormonal » s’applique également. L’importation, la vente et la possession de telles substances nécessitent toujours une autorisation. « Le fait que ces substances soient proposées 'à des fins de recherche' n’est pas prévu comme exception dans cet AR. Cela signifie que l’achat et la possession 'à des fins de recherche' sans autorisation peuvent également être punissables. »
Sophie Supré, Public Affairs and Communications Manager chez Eli Lilly Benelux, confirme que la rétatrutide n’est légalement disponible que pour les participants à des études cliniques menées conformément aux lois et réglementations applicables aux médicaments expérimentaux. « La rétatrutide n’a encore été approuvée par aucune autorité réglementaire, où que ce soit dans le monde. »
Obstacles juridiques et techniques
« L’AFMPS est au courant de l’existence de ces boutiques en ligne, mais faire mettre un site hors ligne n’est pas une simple », explique Ann Eeckhout. « Des obstacles à la fois juridiques et techniques entrent en jeu. Cela sort en outre des compétences de l’AFMPS. » L’AFMPS analyse toutefois les sites concernés et indique quelles actions sont appropriées.
Parmi les actions possibles figurent le contrôle des envois postaux et des automobilistes, en collaboration avec les services douaniers ; la coopération avec les plateformes de vente et les réseaux sociaux afin de détecter et de faire supprimer les offres illégales ; ainsi que le suivi en ligne via PharmaWatch (contrôle des médicaments à usage humain) et SafeShop (contrôle en ligne des médicaments vétérinaires et des dispositifs médicaux), en collaboration avec le SPF Économie, le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB), les parquets et le réseau OCS (Operational Cyber Services), ainsi qu’avec des partenaires européens, notamment la plateforme WGEO (Working Group of Enforcement Officers).
Achetez uniquement auprès de sources fiables
Eli Lilly exhorte les patients à ne pas acheter de médicaments via les réseaux sociaux ni auprès de sites web ou de vendeurs non enregistrés, mais uniquement auprès de sources fiables, comme les pharmacies agréées. « Les produits falsifiés et illégaux ne sont jamais sûrs à utiliser. Il est impossible de savoir ce qu’ils contiennent, ni comment et où ils ont été fabriqués. »
« Nous avons déjà détecté une contamination bactérienne, des endotoxines et d’autres impuretés dans de faux produits contre l’obésité. Des problèmes de sécurité, de stérilité et d’efficacité ont été largement rapportés. Les produits falsifiés et illégaux ne sont pas approuvés par les autorités réglementaires, dont l’AFMPS. Cela signifie que l’autorité belge du médicament ne les a pas évalués en termes de sécurité, d’efficacité et de qualité. »
Sophie Supré souligne également que la vente en ligne de médicaments soumis à prescription est strictement interdite par la loi en Belgique ; seuls les médicaments non soumis à prescription peuvent être vendus en ligne.

Les patients peuvent acheter en toute sécurité des médicaments en vente libre en ligne auprès de pharmacies agréées enregistrées auprès de l’AFMPS. Ces pharmacies sont reconnaissables à un logo cliquable qui doit être affiché sur leur site web.