Décision ce 5 mai sur les médicaments contre l'Alzheimer
Des experts demandent à l’INAMI le remboursement d’un nouveau traitement
Un groupe de quinze spécialistes belges de la maladie d’Alzheimer demande à l’INAMI de rembourser, sous conditions strictes, de nouveaux traitements contre Alzheimer. Les experts soulignent que ces médicaments ont démontré qu’ils pouvaient « ralentir l’évolution clinique de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce ». Selon eux, les patients belges doivent pouvoir y avoir accès « de manière équitable, sûre et scientifiquement encadrée ».
Pr Bart De Strooper : « Ces médicaments constituent un tournant important »
Des médicaments comme le lecanemab et le donanemab sont les premiers capables de modifier l’évolution de la maladie d’Alzheimer, sans pour autant la guérir, reconnaissent aussi les experts. « Ils exigent un diagnostic rigoureux, un suivi spécialisé et une évaluation claire des risques et des bénéfices, adaptée à chaque patient », écrit notamment Bart De Strooper, autorité louvaniste dans ce domaine. « Ils constituent néanmoins un tournant important », car ils ont démontré « un ralentissement mesurable du déclin ».
Ces résultats ont été obtenus après des périodes d’observation de 18 mois, mais les experts jugent cette durée limitée pour une affection chronique et progressive comme Alzheimer. « Une évaluation qui se concentrerait exclusivement sur cette période risque de sous-estimer l’effet cumulatif potentiel d’un traitement modifiant l’évolution de la maladie », écrivent-ils.
Encore faut-il que le groupe cible soit correctement défini, ajoutent-ils. « Un modèle de remboursement doit partir d’une maladie d’Alzheimer précoce, biologiquement confirmée et cliniquement démontrable. » C’est ce qui a déjà été observé aux États-Unis et au Japon. « Si le traitement est administré dans des centres spécialisés ou des réseaux cliniques dotés de protocoles clairs, cela est réalisable. »
Des patients sélectionnés
Le remboursement ne devrait être possible que pour des « personnes soigneusement sélectionnées atteintes d’une maladie d’Alzheimer débutante, biologiquement confirmée », estiment les experts. « La Belgique pourrait ainsi servir à la fois les soins aux patients, la sécurité, l’évaluation scientifique et la justice sociale. »
Le coût que cela représenterait dans notre pays reste incertain. Mais en Angleterre, où le traitement n’est pas remboursé, son prix atteint 30.000 euros par an, indique Bart De Strooper. Les patients doivent recevoir une perfusion toutes les deux semaines.
Le nombre de personnes concernées en Belgique reste difficile à anticiper. « Ce sont des éléments qui devront ressortir de la pratique », selon le spécialiste. Il en va de même pour l’évaluation de l’utilité finale du traitement, pour laquelle il faudra attendre les données de la pratique clinique, estiment les scientifiques.
Les spécialistes disent être conscients des effets secondaires. Il s’agit surtout des ARIA, ou amyloid-related imaging abnormalities, des anomalies d’imagerie liées à l’amyloïde. Mais ces effets secondaires « semblent maîtrisables lorsque les patients sont soigneusement sélectionnés et suivis ».
Inquiétude
Si la décision devait être de ne pas rembourser ces médicaments, cela « signifierait surtout que l’accès dépendrait de la capacité financière des patients », écrivent encore les experts. « C’est difficilement conciliable avec les principes d’un système de santé solidaire. »
Cette lettre traduit leur inquiétude quant à la place que cette nouvelle classe de médicaments doit occuper dans les soins de santé belges. Les médecins précisent qu’ils ne l’écrivent « ni au nom d’une entreprise, ni comme un plaidoyer en faveur d’un produit spécifique ».
« Nous donnons parfois des avis à l’industrie et, pour cette raison, nous sommes écartés comme si nous n’étions pas fiables. Mais j’ai été agréablement surpris de voir que tous les chercheurs de premier plan dans notre pays se sont ralliés à ce texte », déclare Bart De Strooper.
Au sein de l’INAMI, la décision sera prise le 5 mai, indique Bart De Strooper. « Mais les signaux que nous recevons sont mauvais. Le contexte général en Europe est que le jeu n’en vaudrait pas la chandelle, en raison du conservatisme d’une partie de nos collègues, qui pensent encore qu’Alzheimer ou la démence est un problème de personnes âgées et qu’il vaut mieux les laisser tranquilles. Or ces médicaments sont précisément destinés à des personnes à un stade très précoce - des plus de 60 ans - chez qui les effets sont bien meilleurs et les effets secondaires beaucoup moins importants. »